À la recherche de la Cordelière, navire mythique perdu au large de Brest

La Région Bretagne et le DRASSM* s’associent pour deux ans
À la recherche de la Cordelière, navire mythique perdu au large de Brest

Construit en 1498 sur ordre de la duchesse Anne de Bretagne, la Marie Cordelière était à l’époque l’un des navires de guerre les plus puissants de la flotte bretonne. Le 10 août 1512, au terme d’un combat épique contre les forces anglaises, entre le goulet de Brest et la pointe Saint-Mathieu, le bateau fait naufrage en même temps que le Regent, fleuron de l’armada britannique avec lequel il combattait bord-à-bord. Depuis, plus aucune trace des vaisseaux engloutis depuis plus de 500 ans…
Afin de retrouver les épaves de ces deux navires mythiques, la Région Bretagne et le DRASSM conjuguent leurs efforts pour rendre possible un nouveau projet d’investigation pluridisciplinaire, associant archéologues, historiens, roboticiens, cartographes, scientifiques et étudiants. Il débutera en juin par une première campagne de prospection de trois semaines.

Construit au Dourduff, en bordure de la rivière de Morlaix, la puissante Cordelière était une nef de 600 tonneaux. Elle mesurait 40 mètres de long sur 12 mètres de large. Armée de 200 canons et dotée d’un équipage pouvant compter jusqu’à 1 000 hommes la Cordelière était commandée par le fameux capitaine Hervé de Portzmoguer, fidèle serviteur de la duchesse Anne.

Pointe Saint-Mathieu (Finistère), 1512. Le combat de « la Cordelière » contre une flotte anglaise vu par le peintre Pierre-Julien Gilbert.COLLECTION MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE BREST

Un épisode marquant de l’histoire de la Bretagne
Le duché de Bretagne, alors formellement indépendant, prépare avec le royaume de France une flotte commune pour tenir tête à l’Angleterre.
Informé du projet, le roi Henri VIII envoie sa puissante armada attaquer par surprise les navires alliés, au mouillage à l’entrée de la rade de Brest. Après avoir couvert la retraite des autres navires, la Cordelière se retrouve seule face aux Anglais. Plusieurs heures durant, le bâtiment breton livre bataille, coule deux vaisseaux ennemis et s’engage dans un corps-à-corps avec le Regent : abordage, tirs, explosions et voiles en flammes : les deux navires finissent par sombrer, emportant avec eux plus de 1 500 hommes.

Archéologues et roboticiens réunis
Tout l’enjeu de cette nouvelle campagne d’investigation programmée par la Région Bretagne et le DRASSM est d’en savoir davantage sur cet épisode célèbre de l’histoire de la Bretagne, et, au-delà, de la France maritime. Si les recherches aboutissaient, l’étude des épaves pourrait livrer des informations totalement inédites sur les méthodes de construction navale de l’époque, sur l’artillerie embarquée, mais aussi sur les mobiliers de bord, les objets personnels ou l’accastillage des navires armés, tant sous le règne de la duchesse Anne que sous celui du roi Henri VIII. Et ainsi de les comparer : car si les équipes mobilisées découvrent l’épave de la Cordelière, elles localiseront aussi celle du Regent !

Pour ce faire, la Région Bretagne et le DRASSM, à la tête des opérations, ont mobilisé une équipe pluridisciplinaire : des archéologues sous-marins, bien sûr, mais aussi des historiens de l’Université de Bretagne Sud et du GIS d’Histoire maritime, des roboticiens de l’ENSTA-Brest, des géomorphologues de l’IFREMER et des experts du SHOM (servie hydrographique et océanographique de la marine). Le DRASSM apportera l’expertise de ses personnels et ses moyens techniques : matériel de plongée, robotique et système de détection…

Des « fouilles » en mer et à terre, jusqu’en Angleterre
La première campagne de recherches sous-marines portera sur des fonds qui n’ont jamais encore été explorés. L’André-Malraux, navire scientifique du DRASSM, se concentrera , en juin 2018, sur une zone de 25 km² située non loin de l’entrée du goulet de Brest. Cette première campagne de 3 semainesmobilisera une quinzaine de personnes.

Si elles n’avaient pas été couronnées de succès, les campagnes de recherche menées dans les années 90 et 2000 avec le même objectif ont toutefois permis de dresser une première cartographie sous-marine de la zone du goulet de Brest à la pointe Saint-Mathieu ainsi qu’un premier inventaire de la documentation historique disponible. Ces recherches serviront de socle au nouveau projet.

À terre, les chercheurs vont aussi explorer des fonds d’archives et historiques inédits, en Bretagne, en France et en Angleterre avec l’espoir d’y découvrir un témoignage encore inconnu susceptible de renseigner sur la localisation des épaves.

Si la Région accompagne cet ambitieux projet, c’est parce qu’elle s’est engagée, depuis 2017, à mettre à l’honneur l’archéologie sous-marine, au titre de sa politique de valorisation du patrimoine.
Fort de 1 490 biens culturels maritimes ou épaves répertoriés au large des côtes bretonnes, cet héritage immergé mérite en effet d’être davantage connu, étudié et valorisé. Il est en effet un formidable vecteur de développement pour la Bretagne et ce, tant sur les aspects scientifiques, techniques, culturels, patrimoniaux que touristique.

En 2016, la Région a ainsi lancé un appel à projets, baptisé NEPTUNE, pour soutenir financièrement des initiatives en matière d’archéologie sous-marine. Les membres du consortium constitué autour de la Cordelière pourront solliciter le soutien financier de la collectivité. dans le cadre de ce dispositif, en 2018 et 2019.

Avec l’appel à projets NEPTUNE, la Région soutient l’archéologie sous-marine

Sous l’acronyme homonyme du dieu de la mer, la Région a lancé NEPTUNE comme « Nouvelle Exploration Patrimoniale Triennale des Univers Nautiques Engloutis » : un appel à projets annuel sur 3 ans, afin d’accompagner les initiatives en matière d’archéologie sous-marine. NEPTUNE se déploie à la fois en mer, sur l’estran et dans les estuaires car le milieu sous-marin breton, le long de ses 2 700 km de littoral et autour de ses 800 îles et îlots, est loin d’avoir révélé tous ses trésors.

Peuvent être accompagnés des projets portant sur une meilleure connaissance de cet héritage marin et sous-marin, mais aussi des actions de conservation et de valorisation comme, par exemple, les deux sentiers archéologiques qui ont ouvert à Saint-Malo et Ploemeur.

* Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines du Ministère de la Culture

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