Cyanure, poissons d’aquarium et récifs coralliens

Selon une nouvelle étude, plus de 50 % des poissons d’aquariums d’eau de mer testés après leur achat auprès de distributeurs ou de grossistes américains présentent des signes d’exposition au cyanure, une technique de pêche qui décime les récifs coralliens.
Les conclusions de l’association For the Fishes et de l’institut de recherche Haereticus Environmental Laboratory surviennent alors que l’augmentation des ventes de chirurgien bleu et d’autres poissons tropicaux suite à la sortie du Monde de Dory, le nouveau film de Disney/Pixar, suscite de nouvelles préoccupations.

Cyanide Fishing_James Cervino_NOAA

Le cyanure est utilisé dans le cadre d’opérations de pêche illégale visant à capturer des poissons sauvages destinés à être vendus à des aquariums publics ou à des aquariophiles du monde entier. Le cyanure étourdit le poisson, ce qui en facilite la capture, mais cette exposition se révèle généralement fatale à une majorité de poissons dans les trois semaines qui suivent, souvent après leur achat par le consommateur final.
L’effet du cyanure sur les récifs coralliens est pratiquement instantané : il entraîne le blanchiment du corail et rend celui-ci plus vulnérable aux maladies contagieuses.

« Le cyanure est une arme chimique de destruction massive et son utilisation anéantit les récifs coralliens et les poissons », déclare Craig Downs, du Haereticus Environmental Laboratory. « La pêche au cyanure peut avoir un effet sur la santé et les moyens de subsistance des pêcheurs et des communautés côtières où ils vivent. Une courte exposition au cyanure peut être synonyme de mort pour des récifs coralliens déjà soumis aux pressions d’El Niño cette année. L’utilisation du cyanure est parfaitement inutile et son emploi vise uniquement à réaliser un profit non durable. »

Le Center for Biological Diversity estime que dix millions de poissons sont susceptibles d’être exposés au cyanure chaque année, au moment de leur capture. (https://www.biologicaldiversity.org/news/press_releases/2016/cyanide-03-08-2016.html)

Notons en particulier que, lors des tests réalisés pour cette étude, « Dory » a été contrôlée positive à des taux très élevés. Les populations de cette espèce sont considérées très vulnérables, en particulier autour de la sortie du Monde de Dory le 17 juin aux États-Unis et le 22 juin en France qui devrait en accroître la demande.
Après la sortie en 2003 du film Le Monde de Nemo, les captures et les ventes de poisson-clown sauvage ont explosé. Bien que de nombreux poissons-clowns soient élevés en captivité, les chirurgiens bleus ne se reproduisent pas facilement en captivité et doivent être capturés dans la nature.

« La plupart des gens n’ont aucune idée des pratiques inhumaines et destructrices pour l’environnement auxquelles sont exposés les poissons populaires des aquariums tels que le chirurgien bleu. C’est pourquoi nous demandons aux gens de ne pas acheter de poissons capturés à l’état sauvage », indique Rene Umberger, de For the Fishes. « Dory doit rester en vie, dans son milieu naturel. »

La première présentation publique sur la prévalence du cyanure dans les poissons aura lieu lors du symposium international sur les récifs coralliens à Hawaï à la fin du mois (19-24 juin). Elle soulignera la nécessité de prendre des mesures plus importantes pour mettre fin à la pêche au cyanure.

Les États-Unis, l’Union européenne, le Japon et la Chine sont les principaux consommateurs de poissons et de coraux d’ornement dans le monde, mais les utilisateurs finaux sont rarement au courant du fait que leurs nouveaux animaux de compagnie peuvent avoir été obtenus au moyen de pratiques illégales et particulièrement destructrices qui entraînent la mort prématurée de ces animaux. Une application récompensée, Tank Watch, aide les aquariophiles à ne pas acheter de poissons capturés à l’état sauvage.

L’espèce dont le taux d’exposition au cyanure est le plus élevé, selon l’étude, est la demoiselle bleu-vert, qui figure au premier rang des poissons d’aquariums d’eau de mer commercialisés dans le monde. (http://www.unep.org/pdf/from_ocean_to_aquarium_report.pdf)

Les zones les plus couramment ciblées par cette pratique de pêche se situent aux Philippines et en Indonésie (http://www.nmfs.noaa.gov/pr/pdfs/nmfsopr40.pdf) qui représentent ensemble plus de 80 % des importations américaines destinées aux aquariums marins. (http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0035808)

 

Martin Moe, auteur du premier et principal livre à ce jour sur les aquariums d’eau de mer, mais aussi pionnier de la restauration des récifs coralliens dans le monde, ajoute :
« En 1972, il était pratiquement impossible d’acheter un poisson-clown qui n’avait pas été pêché à l’aide de cyanure. Malgré de grands efforts juridiques et éducatifs pour éliminer la capture au cyanure de poissons tropicaux destinés aux aquariums et à l’alimentation, les choses n’ont pas vraiment évolué à l’heure actuelle. Les retombées économiques de l’achat final motivent encore et toujours cette pratique. Il est désormais possible d’identifier et d’éliminer facilement et rapidement les poissons capturés au cyanure présents sur le marché. La suppression de l’incitation économique au niveau de l’achat final est le seul moyen de mettre fin à cette pratique répréhensible et destructrice pour l’environnement. »

Teresa M. Telecky, directrice des questions liées à la faune et à la flore sauvages pour Humane Society International, déclare : « L’utilisation de cyanure pour capturer les poissons sauvages des récifs coralliens destinés au commerce aquariophile est inhumaine, illégale et détruit l’environnement. Nous demandons instamment aux gens de ne pas acheter de poissons capturés à l’état sauvage pour leurs aquariums. »

Nicholas Whipps, du Center for Biological Diversity : « Il est ironique de constater que l’attachement des gens envers ces magnifiques poissons tropicaux les tuent et détruisent leurs environnements. Nous voulons qu’ils se rendent compte du rapport entre leurs actes et cette situation, et nous espérons que le gouvernement des États-Unis luttera contre la pêche illicite au cyanure en testant les poissons que nous importons. Protégeons Dory, Nemo et les consommateurs qui les adorent. »

Clifford Warwick de la Royal Society for Public Health au Royaume-Uni déclare :
« Le commerce de poissons provenant de récifs coralliens constitue un des pires abus envers les animaux et la nature pour une des raisons les plus frivoles qui soient : l’aquarium d’ornement. Bien que l’empoisonnement de nos océans dans la course au profit ne soit pas chose nouvelle, l’utilisation cynique de cyanure par les entreprises fournissant ces animaux d’ornement et les coups portés par leurs activités à des écosystèmes entiers constituent une forme de criminalité qui transcende les lois. »

Monica Biondo, une biologiste marine qui travaille pour la fondation Franz Weber et a réalisé des recherches approfondies sur le commerce des poissons marins d’ornement, déclare : « L’apogon de Kaudern, qui est pourtant une espèce menacée, les poissons-demoiselles et le labre nettoyeur commun font partie des espèces les plus importées en Suisse. Tant qu’il n’existe aucun système approprié de surveillance, ce commerce demeurera dans l’obscurité. Pratiquement tous les poissons sont capturés à l’état sauvage et la mortalité dans cette chaîne d’approvisionnement complexe est considérable. Au regard des pratiques destructrices de ce commerce, de nouvelles technologies offrent des expériences sur les récifs coralliens plus intéressantes et plus fascinantes que la conservation de récifs en aquarium : c’est le cas de www.vision-nemo.org. »

Ces conclusions font suite à une pétition que le Center for Biological Diversity, l’association For the Fishes et la Humane Society of the United States/Humane Society International ont adressée le 9 mars 2016 à trois agences fédérales, afin que celles-ci fassent usage du pouvoir qui leur est conféré par le Lacey Act pour mettre un terme à ces importations illégales.
Cette pétition demande également que les importations de poissons d’aquariums tropicaux soient testées afin de détecter leur éventuelle exposition au cyanure avant d’être autorisées à l’entrée ou à la vente aux États-Unis.

 

 

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