Emissions de soufre des navires : la réaction de la profession

Un communiqué de Armateurs de France logo-Armateurs de France
Le gouvernement doit prendre ses responsabilités face à une nouvelle menace pour l’emploi dans le secteur maritime

« Que penser d’une règlementation qui renchérit de 40% à 70% les coûts d’exploitation d’un navire et qui risque de remettre sur les routes les poids‐lourds que nous avons fait embarquer à bord des autoroutes de la mer ? Que penser d’une règlementation qui vous impose, d’ici trois ans, de faire naviguer vos navires avec un carburant ou des équipements qui n’existent pas encore ? Nos armements rouliers et passagers ne sont‐ils pas suffisamment éprouvés ? ».

Ce sont là les propos du ministre, Thierry MARIANI, le 29 novembre dernier aux Assises de la Mer.

Cette règlementation, qui menace les entreprises maritimes et donc l’emploi français, prévoit, en application des dispositions de l’annexe VI de Marpol, d’imposer aux armateurs de réduire à 0.1% le taux de soufre émis par leurs navires dans les SECAs1, et ce dès 2015.

Cette obligation est pour les armateurs français et européens une véritable bombe à retardement en termes de survie économique.

Les armateurs oeuvrent depuis plusieurs années à rendre leur activité toujours plus respectueuse de l’environnement (depuis 2006, les émissions de soufre ont été réduites de 80%) et ne remettent nullement en cause l’objectif de réduction des émissions de soufre.

Cependant le délai imparti pour ce faire est manifestement trop court ; l’état actuel des technologies (scrubbers2, gaz naturel) ne permet pas la mise en oeuvre de solutions techniques, économiquement soutenables, à l’horizon 2015.

PONT-DE-NAVIRE-@A.CASSIMFaute de solutions réalisables, alors, oui, l’application aveugle et brutale de cette règlementation renchérira considérablement les coûts d’exploitation des navires. Car oui, le fioul à 0.1% de soufre n’existe pas et devra être remplacé par du gazole, plus cher, déjà rare et de plus en plus importé !

Et, oui, cela remettra des camions sur les routes alors même que l’on veut les embarquer sur des « autoroutes de la mer ».

Que dire alors du bilan écologique global d’une telle mesure ? Le pire n’est jamais certain, mais il est, en l’occurrence, de plus en plus probable, si rien n’est fait, de toute urgence, au niveau politique et gouvernemental.

A l’évidence la conviction du gouvernement sur les risques de cette mesure n’est plus à faire. Il lui faut maintenant transformer cette conviction et ce discours en actes.
La France doit fédérer les Etats européens pour qu’ils demandent, ensemble, à l’OMI, de prendre acte de l’impossibilité en l’état actuel des moyens existants, d’atteindre les objectifs fixés ; de proposer des moyens alternatifs « homologués » et de nouveaux délais raisonnables pour mettre en oeuvre la réduction des émissions de soufre des navires à 0.1%.

1 Zone de contrôle des émissions de soufre. En pratique, il s’agit des zones les plus sensibles à la pollution par le soufre en raison de leurs sols calcaires, davantage sensibles à l’acidification. En Europe, sont concernées la Baltique et la Manche‐Mer du Nord.

2 Terme officiel français : dispositif d’épuration des gaz d’échappement.

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