La consommation du poisson dans 20 ans est-elle menacée ?

La société de conseil Alcimed analyse les solutions existantes pour faire face à la demande croissante en poisson afin de répondre à la consommation humaine mondiale.

Il y a aujourd’hui deux types de poissons qui intéressent les consommateurs :
ceux qui sont d’origine sauvage, péchés en mer ou en eau douce, et les poissons issus de l’aquaculture.

Retour de pêche @A.CassimDéjà surexploitée, la quantité de poissons sauvages disponibles pour la consommation humaine devrait pouvoir rester constante si les mesures de régulation des pêches sont suivies correctement dans le monde entier.

Seul le développement de l’aquaculture permettra de répondre à la demande croissante en poisson.

L’augmentation de la population humaine et du niveau de vie dans les pays émergents continuant  de faire augmenter la consommation de poissons.
A priori seules deux possibilités semblent envisageables pour répondre à cette demande grandissante :

– Accepter de manger des poissons qui habituellement, à cause de leur trop petite taille, ne sont pas destinés à l’alimentation humaine.
Ils sont appelés poissons fourragers car ils sont utilisés sous forme de farine et d’huile pour nourrir les animaux plus gros destinés à la consommation humaine (poissons carnivores et omnivores, porcs, volailles) et les animaux de compagnie,

 – Augmenter la production mondiale de poissons d’aquaculture.
Cette deuxième solution peut paraître simple et plus séduisante pour les consommateurs.

Depuis les années 80, l’aquaculture est un secteur en plein développement dans les pays émergents tels que la Chine, premier pays consommateur de poissons devant le Japon.

Les poissons d’aquaculture les plus appréciés se nourrissent de farines et d’huiles de poisson, des matières premières dont la disponibilité est limitée

Parmi les poissons d’aquaculture, les espèces carnivores (saumons, truites,…) et omnivores (carpes, tilapias, poissons-chats,…) ont besoin de protéines et d’huile de poisson dans leur alimentation.
Les farines de poissons représentent, par exemple, pour les saumons de 25 à 60% de leur alimentation et pour les carpes et les tilapias de 3 à 10%.
Ces farines sont sources de protéines de haute qualité qui assurent un très bon développement de l’organisme.

En plus de l’aquaculture, les farines de poissons sont également utilisées dans l’alimentation des volailles, des porcs et des animaux de compagnie.
La demande en farine de poisson augmente donc au même rythme que la demande de ces mêmes produits.

Skrei sur glace@A.CassimTrois solutions peuvent être envisagées pour parvenir à répondre à la demande en poisson malgré des quantités disponibles de farines et d’huile de poisson limitées.

– Optimiser le recyclage des coproduits de poissons augmente la disponibilité en farine et huile de poisson

L’offre reste quant à elle limitée car les farines et huiles de poisson sont obtenues à partir de la transformation soit des poissons fourragers, soit des coproduits de poissons d’aquaculture ou sauvages (tête, arêtes, queues des poissons, abats …). De plus, comme la pêche de poissons fourragers et de poissons sauvages a déjà atteint son quota maximum depuis plusieurs années, seul le recyclage des coproduits de poisson d’aquaculture devrait augmenter la disponibilité en farine et huile de poisson. Mais ce recyclage étant de manière générale encore peu développé (il varie énormément d’un pays à l’autre : en Europe environ 50% des coproduits sont recyclés en huile et farine, contre environ 25% aux Etats-Unis), l’augmentation de la demande a entrainé une forte augmentation des prix : 1300USD/tonne en 2009 contre 600 USD/tonne en 2006.

– Substituer une partie des farines et huiles de poisson par des huiles végétales et des farines animales ou végétales
Dans de nombreux pays, hors Europe, les aquaculteurs substituent une partie des farines de poissons par des farines de volailles par exemple. La commission Européenne étudie actuellement la ré-autorisation de ce type de substitution en Europe, mais dans la pratique son utilisation dépendra essentiellement de la perception du consommateur sur l’utilisation de farines animales pour nourrir les poissons.

De nombreuses recherches en nutrition animale sont effectuées depuis plusieurs années et ont déjà permis de substituer une partie des farines de poisson par des farines végétales. En 1995, la farine de poisson représentait 45% de l’alimentation des saumons, en 2008, elle ne représente plus que 25% en moyenne.

En revanche, la substitution de l’huile de poisson par des huiles végétales est plus difficile à effectuer si l’on veut garder la même qualité de poisson.

– Diminuer la demande en élevant davantage de poissons qui ne dépendent pas des farines et huiles de poissonUsine transformation de sardines à Agadir (Maroc) @A.Cassim

Afin de répondre à la demande de consommation de poisson à venir, il semble logique de privilégier les poissons végétariens qui n’ont pas de besoins importants en farine et huile de poisson. Cependant c’est justement grâce à leur alimentation riche en protéines et huile de poisson que les espèces carnivores et omnivores sont sources de nutriments très intéressants au niveau nutritionnel (omega-3, protéines…). Le fait de supprimer ou de diminuer les proportions de ces protéines et huiles de poisson dans leur alimentation entrainerait une diminution de la qualité nutritionnelle de ces poissons.

En conclusion, dans 20 ans, selon l’évolution de la population mondiale et la recherche en nutrition animale, les protéines et huile de poisson devraient être utilisées dans des proportions plus faibles dans l’alimentation des poissons d’aquaculture, voire uniquement dans l’alimentation des poissons d’aquaculture les plus « haut de gamme ». Il devrait donc toujours être possible de manger du poisson, mais ce seront probablement des poissons, en moyenne, plus petits qu’aujourd’hui (maquereaux à la place de thon ou de saumon) et avec des qualités nutritionnelles moins importantes car les protéines de poisson auront été substituées totalement ou en partie par des protéines végétales et animales.

Source : ALCIMED

ALCIMED (www.alcimed.com) est une société de conseil et d’aide à la décision spécialisée dans les sciences de la vie (santé, biotech, agroalimentaire), la chimie, les matériaux et l’énergie ainsi que dans l’aéronautique, le spatial et la défense, et s’appuie sur une équipe de 190 collaborateurs.
La société dont le siège est à Paris, est présente à Lyon et à Toulouse ainsi qu’en Allemagne, en Belgique, en Suisse et aux Etats-Unis.

 

 

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