La tempête Dirk naufragé Cheminées Poujoulat, les skippers rescapés, Bernard Stamm et Damien Guillou, sur la terre ferme

Le Cargo Norvégien MV Star Isfjord qui a secouru Bernard Stamm et Damien Guillou, a accosté tôt ce matin dans le port de Rotterdam. Les deux marins s’apprêtent désormais à rentrer en France et devraient retrouver leurs familles respectives en fin de cette journée du 26 décembre .

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etour sur le communiqué de presse concernant ce naufrage et les réactions de Bernard Stamm

Cheminées Poujoulat, qui effectuait son convoyage retour de la Transat Jacques Vabre, a déclenché sa balise de détresse dans la soirée du 25 alors qu’il se trouvait à 180 milles de Brest, son port d’attache.
Dès lors, des opérations de sauvetage ont été organisées.
Bernard Stamm et Damien Guillou, sains et saufs, ont été récupérés par  le cargo Norvégien MV Star Isfjordun en route pour Rotterdam .

Le skipper suisse livre ses premières explications.

 

Bernard, pouvez-vous revenir sur l’accident ? Que s’est-il est passé ? « Damien et moi nous trouvions à 200 milles de la pointe de Cornouailles et à 180 nautiques de Brest. Nous étions un peu devant le front, au portant. Il y avait entre 43 et 45 nœuds de vent établis, mais c’était maniable. Nous nous étions préparés à ce coup de vent. La preuve, nous étions sous tourmentin, avec quatre ris dans la grand voile. En clair, nous avions vraiment le frein à main tiré, mais dans une vague, le bateau s’est cassé en deux, juste devant les dérives. Le mât n’est pas tombé immédiatement. Nous avons rapidement fermé toutes les cloisons étanches du bateau puis l’espar a chuté par l’arrière. Très vite, nous avons demandé de l’aide puis organisé la survie à bord. »
C’est-à-dire ? « Nous nous sommes préparé à quitter le bateau. La mer était grosse alors nous avons essayé d’évaluer le risque de dégradation de Cheminées Poujoulat. Avec Damien, nous avons tenté de désolidariser le mât du 60 pieds mais nous n’avons pas réussi. C’était vraiment trop dangereux. Toutefois, nous sommes parvenus à faire en sorte qu’il plonge un peu dans l’eau et qu’il arrête de taper méchamment contre la coque. Dans la foulée, à l’intérieur, nous avons réuni le matériel de survie. Clairement, nous ne savions pas trop jusqu’à quand le bateau allait flotter. »

Comment s’est déroulée l’opération de sauvetage ? « Un Falcon 50 basé sur la base de l’aéronautique navale de Hyères est arrivé sur zone vers 23h30 après un ravitaillement à Bordeaux. Il a coordonné le sauvetage avant d’être relayé par un avion de patrouille maritime aux alentours de 6h du matin. Entre temps, un hélitreuillage par un hélicoptère de sauvetage britannique de type Sea King a été tenté. Ce dernier nous a demandé de mettre à l’eau un BIB (radeau de survie) afin qu’un plongeur puisse nous récupérer. C’est ce que nous avons fait mais Damien et moi n’avons jamais réussi à nous éloigner du bateau. C’était super dangereux car ça nous faisait taper vers l’étrave cassée. Finalement, nous avons été obligés de remonter à bord de Cheminées Poujoulat en laissant dans le radeau de sauvetage la quasi-totalité de notre eau, le bidon de survie, le téléphone, les fusées…  En somme, à ce moment là, nous avons grillé une grosse de nos cartouches. »

Que s’est t-il passé ensuite ? « Les sauveteurs nous ont proposé de nager pour tenter de nous récupérer directement dans l’eau. Malheureusement, cela n’a pas marché non plus. Pire même, puisque j’ai eu énormément de mal à remonter sur le bateau ensuite. D’ailleurs là, pour moi, ça a véritablement été un gros choc. Après ça, comme nous n’avions plus accès à la soute à voiles où était stocké notre deuxième BIB, cinq autres ont été largués par l’avion mais tous sont tombés trop loin de nous. Puis, le cargo est arrivé et a manœuvré pour se mettre à nos côté. Un filin nous a été lancé mais l’opération a manqué de nous faire écraser contre le cargo et pendant ce temps-là, Cheminées Poujoulat continuait à couler. L’équipage nous a  balancé un nouveau filin alors que nous nous trouvions le long de la moitié arrière du cargo, débout sur le balcon arrière mais nous avons réussi à l’attraper et à bloquer le 60 pieds. Il  nous a ensuite descendu une corde mais nous nous sommes faits arrachés et cognés violemment sur la casquette. Damien s’est fait stopper net mais moi j’ai fait 80 mètres dans l’eau, parfois en buvant la tasse, jusqu’à ce que je parvienne à récupérer le filet. Damien nageait à côté du cargo mais grâce à une bouée couronne dans laquelle il avait pu se mettre, il a pu attraper le filet à son tour et se tirer d’affaire. C’était vraiment hyper chaud car, comme je l’ai dit, il y avait beaucoup de mer et Cheminées Poujoulat, à ce moment là, était quasiment entièrement sous l’eau. Il ne restait plus qu’une petite partie du pont arrière qui dépassait à la surface et l’étrave qui pendait après les étais. C’est une image vraiment dure pour moi ».

Bernard Stamm tenait à remercier tout particulièrement  l’équipage Philippin qui leur a porté secours en faisant preuve d’une incroyable maitrise – « Je tiens à le remercier chaleureusement ainsi que tous les hommes qui ont participé à cette opération d’envergure. Merci du fond du cœur. »

 

 

 

 

 

 

 

 

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