Le mauvais scénario qui a compromis le départ de Francis Joyon et d’IDEC II

La tentative de Francis Joyon contre le record de la traversée de l’Atlantique Nord a brutalement tourné au cauchemar dimanche 14 août dans l’après-midi pour le skipper de Locmariaquer.
Alors qu’il naviguait dans l’embouchure de l’immense Hudson River pour rejoindre la ligne de départ et la marque d’Ambrose, le grand trimaran IDEC s’est trouvé pris dans de violents orages accompagnés de pluies diluviennes.
La dépression sensée propulser Joyon sur de bonnes bases au travers de l’Atlantique avait en réalité choisi de stagner et de paresser sous les rivages du New Jersey et c’est face au vent que le grand trimaran rouge tentait de rejoindre la zone de départ.
Aveuglé par les trombes d’eau et quelque peu décontenancé par cet inattendu scénario météo, Francis Joyon, en louvoyant dans le chenal de l’Hudson, n’a pu éviter une bouée de chenal qui s’est glissée entre sa coque centrale et son flotteur bâbord, endommageant les carénages des bras de liaison avant et arrière du multicoque géant.
A l’impossible situation météo s’ajoutait l’avarie.
Francis n’avait plus qu’à faire demi tour et regagner, au prix d’invraisemblables péripéties, sa marina de départ à Brooklyn.

IDEC skipper Francis Joyon @J-M Liot Retour sur les faits

Il était environ 15 heures à New York quand le grand trimaran IDEC II, au louvoyage au plus près des rives de l’Hudson est entré en collision avec une bouée de chenal.
Les orages violents accompagnés de pluies diluviennes accompagnaient Francis Joyon depuis son départ de la marina de Gateway à Brooklyn.
Sans assistance, le détenteur du tour du monde à la voile en solitaire était seul parvenu à sortir de la marina en utilisant la propulsion de son moteur in board.
Record et performance obligent, il lui fallait ensuite démonter son arbre d’hélice avant la ligne de départ située à hauteur de la bouée d’Ambrose au large de l’embouchure de l’Hudson.
Joyon choisissait donc de s’amarrer sur un corps mort et de procéder au démontage sous l’eau de son hélice.
Après plus d’une dizaine de plongeons dans les eaux noires et froides de l’Hudson, le skipper d’IDEC parvenait à ses fins et se déhalait sous voile pour rejoindre la zone de départ.
Le vent attendu au secteur sud était alors et contre toute attente franchement orienté à l’est.
Après quelques échanges avec Jean-Yves Bernot, routeur-navigateur depuis la terre, Francis comprenait que la dépression attendue, loin de s’évacuer vers l’est, stagnait sur New-York, compromettant radicalement cette tentative de départ.

Alors qu’il s’apprêtait à faire demi-tour, Francis Joyon, au près sur un clapot virulent et sous des trombes d’eau, ne pouvait éviter une des bouées métalliques qui balisent le chenal de l’Hudson.
Les carénages des bras de liaison avant et arrière entre la coque centrale et le flotteur bâbord étaient endommagés, nécessitant un travail de stratification.
Mais afin de rejoindre la marina de Brooklyn, il fallait préalablement remettre en place sous le bateau l’arbre d’hélice si laborieusement démonté deux heures plus tôt.
Francis allait alors se livrer à une manoeuvre difficile. Saisissant un bout, toutes voiles affalées, il laissait glisser le géant IDEC sur son erre cap sur la même bouée d’amarrage préalablement utilisée.
Arrivé à la hauteur du corps mort, dans les conditions de vent, de pluie et de mer dantesques, Francis se jetait à l’eau, agrippait le corps mort et immobilisait son multicoque !
Il pouvait ensuite réitérer la pénible opération de remontage de son hélice, avant de rejoindre, déçu et harassé, en fin d’après-midi la marina de Brooklyn.

L’avenir immédiat

Le plus urgent est dès aujourd’hui de remettre le voilier en état.
Christophe Houdet, fidèle compagnon de Francis, qui a présidé en 2007 à la construction du bateau, arrive à New-York chargé des tissus et matériels nécessaires.
Au terme de deux jours de travail, le maxi-trimaran IDEC sera de nouveau pleinement opérationnel.
La plus grande incertitude plane désormais sur la faisabilité de cette tentative de record.
Jean-Yves Bernot observe une nouvelle « fenêtre » potentielle d’ici deux à trois jours.

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