Lionel Lemonchois 4ème à la Guadeloupe

Ce mardi 11 novembre à 07h44 heure de Paris, Lionel Lemonchois a franchi la ligne d’arrivée de la 10e Route du Rhum-Destination Guadeloupe, bouclant ainsi les 3 542 milles du parcours en 8 jours 17 heures 44 minutes et 50 secondes, à la vitesse moyenne de 16,89 nœuds.
Le skipper du Maxi80 Prince de Bretagne, qui a pris un très bon départ avant de déborder en tête le cap Fréhel, attaqué dans le golfe de Gascogne puis le long des côtes Portugaises malgré les conditions dantesques, tenu la cadence imprimée par les plus grands bateaux de la course lors de la descente jusqu’aux Açores avant d’être stoppé dans son élan à cause d’une dépression tropicale ayant parasité l’alizé sur sa route, s’est battu jusque dans les dernières longueurs.
La preuve, dans les dévents de l’ouest de la Guadeloupe, il a réussi un dernier joli coup tactique qui lui apermis de redoubler Sidney Gavignet et de s’octroyer la quatrième place. Réactions à chaud.

Lionel Lemonchois, Photo M.Mochet

Lionel Lemonchois, Photo M.Mochet

Lionel, quel premier bilan tirez-vous de cette Route du Rhum –Destination Guadeloupe ?
« Ca a été un belle bagarre, du début à la fin. Evidemment, je suis un peu déçu de finir quatrième parce que je visais le podium, mais j’ai quand même l’impression d’avoir été bien dans le match. Après les Açores, je croyais encore à la deuxième place mais en me décalant un peu au nord pour trouver des vents qui devaient être plus favorables, je suis finalement tombé sur une tempête tropicale en formation. Les premiers se sont échappés et les autres sont revenus. J’aurais sans doute dû jouer davantage le jeu du marquage. Peut-être que j’ai été trop ambitieux mais je pense vraiment que Yann (Guichard, Spindrift 2) était rattrapable, à l’inverse de Loïck (Peyron, Solo Maxi Banque Populaire VII). Lui, la vraie différence, il l’a faite au début, dans les conditions de mer difficiles car il était clairement plus à l’aise. Ensuite, comme il était devant, il a réussi à passer juste devant la dorsale avant que ça ne se referme. A ce moment-là, j’ai compris qu’on ne le reverrait plus. »Vous parlez de cette dépression tropicale qui a ruiné vos espoirs de podium. Racontez-nous…
« Personne ne l’a vue arriver. Elle m’a bouffé la vie pendant 48 heures. Pour commencer, une ligne de grains m’a rattrapé et m’est passée dessus. Gennak, solent, solent gennak… j’ai passé mon temps à manœuvrer. C’était les prémices de la dépression tropicale qui s’est ensuite décalée vers l’ouest. Le hic, c’est que derrière, il n’y avait plus de vent puisque l’alizé était complètement parasité. J’étais pratiquement arrêté alors que mes adversaires, plus au sud, cavalaient à plus de 20 nœuds de moyenne. Moi qui visais le podium, à cet instant, je me suis vu finir sixième. L’horreur, vraiment l’horreur. Je n’ai redémarré que le soir. Ca a été dur à avaler. Normalement, en étant là où j’étais positionné, le vent était censé être avantageux or en fait, pas du tout. De toute la traversée, mis à part le tout au début, il n’y a jamais eu les conditions annoncées par les fichiers météo. C’est d’ailleurs assez incroyable… »

Vous évoquez le début de la course. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a été sportif…
« Ca a, effectivement, été dur pendant une trentaine d’heure, jusqu’au large du cap Saint-Vincent. Le plus raide a été la première nuit, dans le golfe de Gascogne. La mer était forte et le bateau souffrait beaucoup. J’aurais pu lever le pied mais j’ai vu que ça passait. En passant le DST (dispositif de Séparation de Trafic) du cap Finisterre, je m’étais décalé dans l’ouest pour pouvoir descendre comme un avion et j’ai réalisé une pointe à 42,3 nœuds ! On a tous vraiment attaqué fort. Cela étant dit, j’ai quand même fait deux beaux plantés, au large du Portugal. Il y avait des creux de quatre mètres environ. Je ne pensais pas que c’était possible. J’avais justement conçu un grand bateau pour éviter ça mais ça s’est produit quand même. »

Vous avez terminé sur une jolie note, en redoublant Sidney Gavignet lors du tour de la Guadeloupe. Quel coup avez-vous joué ?
« En fait, à un moment, après la Tête à l’Anglais, je suis descendu à la table à cartes et sur l’AIS j’ai vu un bateau. En tapant dessus, j’ai découvert qu’il s’agissait d’Oman Sail. J’avoue avoir été un peu surpris car au nord de l’île, il avait une quinzaine de milles d’avance sur moi. Je pensais donc qu’il avait déjà débordé Basse-Terre. Du coup, j’ai joué. Pif-paf, pif-paf…. Je suis passé au ras de la côte avec l’air frais qui descend et qui crée un petit courant d’air sur une bande assez étroite. J’ai tricoté dedans pendant que lui, qui était peut-être à un mille au large, n’avait pas un fil de vent. Forcément, cela a été assez jouissif pour moi. Pour lui, en revanche, ça a dû être sacrément dur. Je me disais qu’il allait me détester ».

Lors de cette Route du Rhum, avez-vous rencontré beaucoup de pépins techniques ?
« Vendredi dernier, j’ai connu un problème de centrale. Il semble que ce soit le côté tribord qui ait mis le bazar partout. La veille déjà, j’étais tombé en rade de pilote automatique. Il avait fallu que je m’arrête pour le changer. Tout a fait rideau d’un coup. Je n’avais plus rien. L’électronicien m’a guidé par téléphone. Il m’a fait tout débrancher puis re-brancher. J’ai supprimé pas mal de trucs mais ce que j’ai conservé était suffisant.  Il n’empêche que cela m’a stressé pas mal parce que finir 1 600 milles sans pilote et sans électronique, ça n’aurait pas été facile. J’ai, par ailleurs, pété les chèvres de foil puis le bas de la dérive. Hormis ça, le bateau arrive en très bon état. Je suis vraiment content de lui. Il aurait mérité mieux qu’une quatrième place. Je vais le laisser se reposer un peu avant de partir faire le tour de la Martinique puis le convoyage retour à la fin du mois. De mon côté, je vais également faire un bon break. Je suis bien fatigué, bien rincé. Je ne tiens plus debout. »

 

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