Lorient accueille en héros le voilier océanographique Tara

La foule des grands jours était massée hier après midi sur les quais du port intra muros de Lorient pour fêter le retour du voilier océanographique Tara qui vient de boucler un tour du monde de 900 jours dédié à la collecte du plancton.

TARA arrivée à Lorient

arrivée très entourée de Tara dans la baie de Lorient

Cette quête d’échantillons d’organismes microscopiques sur tous les océans du globe est destinée à cerner les effets du réchauffement climatiques sur leur évolution et leur développement.
Plus de 27 000 échantillons ont ainsi été prélevés en Méditerranée, dans les eaux chaudes des Galapagos ou de Madagascar, dans les eaux froides de l’Antarctique ou tempérées de l’Atlantique, en fait sur la plupart des mers du globe.
En tout un équipage de quelque 126 scientifiques venus de 35 pays s’est relayé à bord afin de gérer les prélèvements effectués par pompage, par immersion de filets et surtout par la « rosette ».
Cette outil de collecte est un engin très sophistiqué, constitué de 10 bouteilles rassemblées dans une armature métallique sphérique qui permet leur immersion jusqu’à 2000 m de profondeur.
Par un système électronique ces bouteilles à compartiment se referment, lors de la remontée, à différentes profondeur en fonction d’une programmation préétablie, décidée par les scientifiques.
Les micro organismes sont ensuite récupérés. Ils font l’objet d’un premier tri dans le laboratoire du bord,  équipé d’un microscope et d’un macroscope ainsi que d’un microscope automatisé qui permet de photographier chaque organisme, le plus petit mesurant 2 microns et le plus gros 2 cm.

Immersion de la "rosette" un appareillage de dix bouteilles permettant le captage d'échantillons d'eau jusqu'à 2000 m de profondeur.

Cette « rosette » maniée par l’océanographe de Villefranche-sur-mer Marc Picheral a été plongée 675 fois, parfois dans des conditions météo épiques, et a permis d’identifier 500 000 bestioles planctoniques.
« C’est passionnant car on pensait, il y a quelques années, qu’il n’en existait que 75000 et en fait plus de 95% des micro organismes restent à découvrir » souligne le biologiste Eric Karsenti, chef scientifique du projet.
Moins passionnant et beaucoup plus inquiétant, ces recherches ont permis, lors du séjour de Tara en Antarctique, en janvier 2011, de relever la présence de plastique, parfois en grande quantité puisqu’à certains endroits 42826 morceaux ont été trouvé au km2.

Le bilan de cette expédition innovante à tous point de vue est donc extrêmement positif.
« Nous avons ramené un véritable trésor. Il y a du travail pour dix ans » lance en riant Eric Karsenti qui se félicite que le dossier Tara soit éligible au soutien financier du grand emprunt dans le cadre du projet Oceanomics. « Cela va permettre de financer l’analyse, l’archivage, le référencement et le partage des données sur les sept prochaines années». Et de conclure que le succès de Tara Océans est « d’avoir su rassembler des scientifiques venus d’horizons très différents tant sur le plan de leur expertise que celui de leur pays d’origine ».

Au total, 21 laboratoires et instituts scientifiques, privés ou publics sont impliqués dans cette opération dont une quinzaine réunis au sein d’un consortium qui gère ce « trésor ».
« L’important maintenant, c’est que tout le monde en profite » insiste Etienne Bourgois, propriétaire du voilier Tara avec sa mère, Agnès Troublé, fondatrice dirigeante d’Agnès b.

les trois porteurs de ce projet audacieux: Agnès Troublé, fondatrice et dirigeante d'Agnès b., son fils Etienne Bourgois et son neveu, Romain Troublé, secrétaire général de Tara Oceans

Cette femme d’affaires, au succès reconnu, a porté à bout de bras ce projet dont elle assure une grande partie du financement avec son fils, car ce voilier de 36 m nécessite un  budget de fonctionnement de 1,7 million d’euros par an.

Patricia-M. Colmant

 

Le plancton, quel artiste

Pointant du doigt sur l’écran une tâche translucide en forme de carré, dotée de deux points noirs et d’une tâche orange au centre, Christian Sardet, directeur de recherche au CNRS explique qu’il s’agit d’une larve de crustacé et que l’autre forme oblongue tachetée de jaune et de rouge est un céphalopode.
Ces micro organismes se baladent sur l’écran dans un ravissant ballet de couleur. « J’ai conçu ces petits films pour montrer la beauté de la vie marine et intéresser le public au plancton » explique ce chercheur. Passionné par le plancton, ce « cinéaste » est un des scientifiques qui a poussé le projet Tara, anticipant le potentiel d’une telle expédition.
« J’aime vulgariser la connaissance sur le plancton » poursuit l’un des 20 coordinateurs scientifiques de Tara. « Il faut que le grand public prenne conscience de l’importance, pour la planète, de cette masse vivante qui capte le CO2 ».
Pour ce faire, Christian Sardet est devenu cinéaste et a créé « chroniques du plancton »  (www.planktonchronicles.com) une série qui met en lumière l’esthétisme et la diversité du plancton.

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    Une réponse à Lorient accueille en héros le voilier océanographique Tara

    1. Voilier dit :

      Toujours visible à Lorient !

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