Saint-Barth demain pour les premiers

À environ 300 milles du but cet après-midi (heure métropolitaine), les leaders de cette quatorzième édition de la Transat AG2R LA MONDIALE ont prévu de couper la ligne d’arrivée à Gustavia-Saint Barthélemy vers 17h00 locales jeudi 10 mai (soit 23h00 Paris). Mais si le duo Hardy-Ruyant (Agir Recouvrement) était en pole position, il n’avait pas pour autant course gagnée ! D’abord parce qu’à une petite dizaine de milles de leur tableau arrière, le tandem Simon-Lagravière (Bretagne – CMB Performance) était un poil plus rapide, ensuite parce qu’il y avait des grains à négocier et des plaques de sargasses à traverser…

 

 
  Le terrain de jeu devient de plus en plus accidenté : la houle se compresse sur l’arc antillais, les vagues se redressent sous la poussée d’alizés toniques, la brise se réveille surtout à la nuit tombée sous des grains de plus en plus consistants, l’océan se ponctue de « bandes adhésives », ces grappes d’agrégats, ces amas d’agglomérats, ces veines de déveine : les sargasses viennent pimenter cette arrivée programmée pour jeudi 10 mai, juste avant l’heure du ti-punch, transition brutale entre salé et sucré, entre ballottement océanique et ballottage hiérarchique, entre remuement atlantique et remue-ménage terrestre…

 

Meilleur temps

Et si l’heure n’est pas encore aux hourras et aux acclamations (il faudra patienter jusqu’à 17h00 locales environ), le temps de référence que vont réaliser les premiers sera franchement pulvérisé : il faut remonter à 2006 lorsque Kito de Pavant et Pietro D’Ali s’imposaient à Saint-Barthélemy en 19 jours 22 heures 24 minutes et 30 secondes ! C’est dire si cette quatorzième édition de la Transat AG2R LA MONDIALE a mis du rythme : depuis le départ de Concarneau le 22 avril dernier, les seize duos en lice n’ont quasiment jamais quitté leur spinnaker.

Et avec ce tempo stimulant, pas moins de quatorze Figaro Bénéteau vont améliorer cette référence, car même le couple Tanguy Le Turquais & Clarisse Crémer (Everial) qui rend 150 milles aux leaders devrait conclure avant vendredi soir… Il ne restera plus alors en mer que le duo Mathieu Claveau & Pierre Loulier (Les Frigos Solidaires) ainsi que Guillaume Farsy & Renaud Nicot (Cornouaille-Solidarité Saint Barth) qui ont opté pour des voies bien divergentes, à plus de 400 milles Nord-Sud l’un de l’autre !

Contrôle et marquage

Ne nous leurrons pas : la hiérarchie s’est clairement établie depuis les recadrages de la nuit dernière. En tête depuis des jours, Adrien Hardy & Thomas Ruyant (Agir Recouvrement) sont passés du « mode vent » au « mode contrôle » : une fois marqué l’avantage de la voie du Nord (une référence au souffle du Vendée Globe ?), les deux compères se sont focalisés sur le delta qui les sépare du duo Sébastien Simon & Morgan Lagravière (Bretagne CMB Performance). On sait ces deux Figaristes extrêmement véloces, et le différentiel d’une dizaine de milles peut ainsi rapidement fondre : les canaux antillais (passages entre les îles) sont souvent sournois, les reliefs volcaniques parfois fielleux, les courants quelquefois matois, les bancs d’algues constamment cauteleux…

Contrôler un concurrent, c’est rester entre sa position et la marque à parer, en l’occurrence ici, l’île de Saint-Barthélemy. C’est ce que s’applique à faire le tandem leader, mais lorsqu’il y a plus d’un adversaire, le marquage en devient plus complexe. Gildas Mahé & Nicolas Troussel (Breizh Cola) le savent, eux qui continuent à se démarquer en arrivant par le Sud, une option à risque toutefois puisqu’eux-mêmes doivent regarder dans leur rétroviseur la trajectoire de leurs poursuivants, Pierre Leboucher & Christopher Pratt (Guyot Environnement) : cinq petits milles seulement les séparaient du but mercredi après-midi…

 

Des duels en série

Et cette problématique de transmuter d’un score espéré à un marquage « à la culotte » se réitère pour les suivants : quid du combat entre Erwan Tabarly & Thierry Chabagny (Armor Lux-Gedimat) face au couple collé-serré formé par Anthony Marchand & Alexis Loison (Groupe Royer-Secours Populaire) et Corentin Douguet & Christian Ponthieu (NF Habitat) ? Les seconds suivent la trace des leaders quand les tenants du titre optionnent par le Nord.
Et au sein même du peloton, les duels sont devenus d’actualité : Justine Mettraux & Isabelle Joschke (TeamWork) veulent déstabiliser Ronan Treussart & Simon Troël (Les Perles de Saint-Barth). Tout comme les Ministes Thomas Dolan & Tanguy Bouroullec (Smurfit Kappa-Cerfrance) couvrent leurs poursuivants, le duo Loïs Berrehar & Erwan Le Draoulec (Concarneau Entreprendre) ainsi que Pierre Rhimbault & Romain Attanasio (Bretagne CMB Espoir) !

La nuit prochaine annonce donc quelques obscurs éclairages sur la définition que donne chaque équipage du contrôle, du marquage et de la route optimale. En tous cas, Gustavia se prépare déjà à des finaux d’anthologie comme seule la Transat AG2R LA MONDIALE est susceptible d’initier : des arrivées groupées, voire serrées, des successions de finish tendues, des chapelets de bords croisés, des ribambelles de procession en ce jour de l’Ascension… Et ne laissons pas de côté un paramètre trop souvent oublié : une fois l’île Chevreau parée, il faudra affaler le spinnaker et remonter au près, contre un alizé plutôt musclé, vers une ligne d’arrivée mouillée au cœur du port de Gustavia !

 

Ils ont dit

Nicolas Troussel (Breizh Cola)

« Ce n’est pas tout droit car il va y avoir pas mal d’oscillations de vent à négocier jusqu’à St-Barth. Il faut donc être vigilants sur les directions du vent et les trajectoires pour faire aller vite le bateau. Ce ne sont pas les mêmes conditions que lors de ma victoire en 2004. Et puis les autres connaissent bien aussi le chemin. Or il n’y a pas de particularités spéciales en arrivant sur les Antilles… Il y a encore un peu de chemin et pas mal de virages à négocier pour pouvoir jouer jusqu’à la fin. Ça va être compliqué car devant ils ont un peu d’avance. Nous, il faut que nous soyons aussi vigilants sur la 3ème place car on se bagarre avec Guyot Environnement depuis un moment. Pour l’instant, nous ne sommes pas tombés sur un gros banc de sargasses. Nous arrivons à les enlever facilement mais il faut veiller régulièrement. Pendant la nuit, nous avons des grains : c’est la grosse différence entre le jour et la nuit ! »

Miguel Danet (Le Macaron French Pastries)

« Dans deux jours normalement, nous sommes à St-Barth. Nous essayons d’arriver le plus vite possible. C’est une transat rapide. C’est la dernière avec les Figaro Bénéteau 2 et c’est toujours bien pour l’histoire. En ce moment, on a 18 à 20 nœuds : on a eu pas mal de grains cette nuit, un phénomène assez costaud : il fallait vraiment faire attention. Depuis cette nuit, nous commençons à avoir des sargasses. Nous n’en avions pas trop quand nous étions plus au Nord. Là, nous regardons toutes les heures et nous passons un coup de corde à nœuds, c’est toujours mieux. Je pense que tout le monde va passer à l’extérieur du gros paquet d’algues selon les routages. Sur l’arrivée, le passage à Colombier est toujours un peu délicat puis la dernière ligne droite jusqu’à l’arrivée peut donner lieu à un match. Nous l’avions vu il y a deux ans et cette année ça peut être la même chose : comme il y a un petit écart entre Agir Recouvrement et Bretagne CMB Performance, ça promet un beau final ! »

Isabelle Joschke (TeamWork)

« C’est un peu un rush final. On a du vent, des beaux grains… c’est super actif.  Nous avons l’impression qu’il y a encore des petits coups à jouer alors nous sommes dessus et nous ne lâchons rien.  Il y a du grain à moudre. C’est sûr que nous sommes plusieurs concurrents à être assez proches du but. Nous avons pas mal enchaîné les empannages ces derniers temps mais je ne peux pas te dire quelle route on va choisir ! Dans notre petit groupe, nous sommes placées relativement au Nord de nos concurrents directs. A un moment donné, cela a été notre parti pris. Maintenant, nous allons essayer de négocier la suite en fonction de ce qui va venir. Ça fait trois jours qu’on traverse des eaux où il y a plus ou moins de sargasses. Nous n’avons pas encore de grosses plaques mais on en voit de plus en plus, notamment aujourd’hui. Si nous sommes plus rapides cette année sur cette transat, c’est grâce aux conditions que nous avons eu depuis le coup de canon : il y a eu un départ assez peu venté mais cela n’a pas été très long. Et puis après, ça a glissé et c’était très sympa… »

 

 
  CLASSEMENT du 9 mai à 16H  
   

1-    AGIR Recouvrement (Adrien Hardy / Thomas Ruyant) à 292,72 milles de l’arrivée

2-    Bretagne – CMB Performance (Sébastien Simon / Morgan Lagravière) à 9,13 milles du premier

3-    Breizh Cola (Gildas Mahé / Nicolas Troussel) à 31,86 milles

4-    Guyot Environnement (Pierre Leboucher / Christopher Pratt) à 36,34 milles

5-    Groupe Royer – Secours Populaire (Anthony Marchand / Alexis Loison) à 55,61 milles

 

Retrouvez l’intégralité du classement en cliquant ici

 

 
  LE TROPHÉE DE LA PERFORMANCE du 9 mai  
   

Le Trophée de la Performance du mercredi 9 mai est remporté par Agir Recouvrement (Adrien Hardy & Thomas Ruyant) avec 221,9 milles parcourus en 24H

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