TJV : FenêtréA-Prysmian, toujours en tête de la flotte des Multi50, mais inquiétude à bord

Erwan Le Roux : « Cette histoire de grand-voile, c’est stressant »

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Alors que le Cabo Frio se dessine à l’horizon, Erwan Le Roux et Giancarlo Pedote se préparent à une transition assez radicale entre les alizés de l’anticyclone de Sainte-Hélène et la zone dépressionnaire orageuse qui sévit dans le golfe de Rio de Janeiro. Les deux co-skippers de FenêtréA-Prysmian, toujours en tête de la flotte des Multi50 de la Transat Jacques Vabre, le savent, tout l’enjeu, pour eux, sera de passer sans encombre cette jonction pour le moins délicate, cet après-midi et la nuit prochaine. De fait, handicapés par une déchirure dans leur grand-voile au niveau de la latte de corne qui les contraints à naviguer avec un ris en permanence, les deux hommes croisent les doigts pour que leur réparation tienne le coup jusqu’à l’arrivée à Itajaí. Une arrivée estimée entre demain soir et mercredi matin.
Comment ça se passe actuellement ?
« Ca avance. On vient juste d’empanner. Nous sommes donc, à présent, tribord amure et nous nous dirigeons vers le Cabo Frio. Nous avons eu droit à un superbe lever de soleil ce matin et là, nous sommes en train de voir des nuages apparaître. Heureusement que nous avons bien profité du soleil hier car aujourd’hui et toute la nuit prochaine, nous allons devoir composer avec la pluie et dans cette zone, quand ça tombe, ce n’est pas à moitié. Ca va être option « rinçage » pendant quelques heures ! »Vous vous préparez à un changement de rythme radical avec l’arrivée d’une dépression orageuse.  Racontez-nous ?
« Ca va être intense. Dès la mi-journée, nous allons attaquer avec des rafales à 25 nœuds puis nous traverserons le front dans l’après-midi. Nous avons prévu un empannage sur les coups de 15 heures et ensuite, nous descendrons vers le sud avant de prendre une traine encore plus active dans la nuit. La situation sera d’autant plus complexe à gérer que nous allons devoir zigzaguer entre les plateformes pétrolières et la côte. Il faudra faire très attention. »

Vous êtes confronté à un problème de grand-voile depuis samedi. Est-ce un gros handicap ?
« C’est un handicap, c’est évident, car nous ne pouvons pas utiliser le bateau à 100%. Après la réparation, samedi après-midi, nous avons essayé de naviguer sous grand-voile haute mais très vite nous nous sommes rendu compte qu’il y avait plein de plis bizarres et que la tôle monolithique se déformait. Depuis, nous avons un ris dans la GV en permanence, ce qui explique pourquoi nous n’allons pas très vite par rapport aux IMOCA. On fait avec ce qu’on a et on sait que dans la zone orageuse qui nous attend, nous allons devoir gérer au mieux pour ne pas perdre notre voile. Rapidement, nous allons devoir prendre un deuxième ris. Pour nous, il est hors de question de prendre des risques. Notre objectif est d’arriver à Itajaí et d’y décrocher la victoire. Nous pensons que la réparation que nous avons faite peut tenir la route  si c’est du tout droit, mais ce qui nous fait un peu peur, ce sont les empannages. Nous avons mis des cierges partout et fait des offrandes à Neptune ! (rires) Plus sérieusement, on croise les doigts pour que ça tienne. Nous ne devrions pas avoir plus de 22 nœuds en moyenne, ce qui reste gérable. Evidemment, les grains et les orages, c’est toujours gênants mais au niveau de la force du vent et de notre trajectoire, je suis confiant. Nous allons juste devoir naviguer un cran en dessous de ce que nous ferions habituellement. »

Une fois ce front orageux derrière vous, à quoi vous attendez-vous ?
« A l’arrière du front, nous avons un empannage de prévu dans la nuit, entre 3h et 6h du matin. Dès lors, nous ferons route tout droit sur Itajai avec un vent soutenu qui va ensuite gentiment tourner au nord puis tomber pour s’établir à une dizaine de nœuds. Par conséquent, nous devrions nous présenter sur la ligne d’arrivée entre mardi soir et mercredi matin, mais là encore, tout dépendra de l’état de la grand-voile. Je dois avouer que ça me stresse pas mal cette histoire et que je suis assez tendu. Evidemment, c’est assez confortable d’avoir l’avance que nous avons. Il nous reste 650 milles à parcourir et nous avons 330 milles d’avance sur Ciela Village. A nous de gérer au mieux, sans attaquer mais en restant dans un mode assez conservateur. Naviguer à la vitesse des IMOCA me parait raisonnable. Notre petit pépin, l’avarie de Lalou Roucayrol et toutes les autres : tout cela prouve que la Transat Jacques Vabre est longue, que c’est vraiment une course de fond et que l’aspect technique est primordial. »

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