Une 10ème Route du Rhum qui a répondu à toutes ses attentes

La dixième Route du Rhum-Destination Guadeloupe s’est achevée le 3 décembre au matin avec l’arrivée à Pointe-à-Pitre du dernier concurrent de la Class40, Vincent Lantin (Vanetys – Le Slip Français) après 30 jours de mer. Mais cette édition a surtout été marquée par l’inflation de solitaires au départ de Saint-Malo, par une couverture média et un suivi du public jamais atteints et par l’explosion de tous les temps de référence des cinq classes ! 

© Alexis Courcoux

L’histoire retiendra que Loïck Peyron (Banque Populaire VII) a remporté sa première Route du Rhum après six tentatives et qu’il détient désormais le temps de référence de la course en 7 jours 15 heures 08 minutes et 32 secondes ! Avec une vitesse moyenne sur l’eau (pour 4 199 milles parcourus) de 22,93 nœuds… Difficile d’imaginer que ce record va être de nouveau battu lors de la prochaine édition en 2018, car les conditions météorologiques ont été particulièrement favorables (quoique très techniques et sollicitantes pour les solitaires) pour rallier Saint-Malo (départ le 2 novembre à 14h00) à Pointe-à-Pitre (arrivée le 10 novembre à 5h08’32). C’est la caractéristique principale de cette dixième Route du Rhum-Destination Guadeloupe puisque toutes les classes ont aussi largement amélioré les temps de référence sur ce parcours de 3 542 milles en route directe (orthodromie).

Une configuration accore

Car le coup de canon devant la pointe du Grouin fut finalement plutôt paisible malgré quelques méchants grains qui parsemaient le plan d’eau, et le public est venu en masse, d’abord lors des dix jours où les 91 voiliers étaient amarrés à Saint-Malo puisque plus de deux millions de personnes ont été recensées, ensuite lors du départ puisque 8 000 spectateurs étaient à la pointe du Grouin et près de 40 000 au cap Fréhel pour surplomber la première bouée du parcours… Mais une fois contournée cette marque pour une longue traversée de l’Atlantique, la situation météorologique s’est rapidement dégradée avec plus de 45 nœuds au passage d’un premier front entre l’île de Batz et Ouessant : plusieurs concurrents devaient abandonner sur avarie tandis que d’autres effectuaient une escale technique, qui à Saint-Quay Portrieux, qui à Roscoff ou l’Aber Wrac’h, qui à Camaret ou Brest.

Une fois débordé le DST (Disposition de Séparation du Trafic maritime) de Ouessant, le vent prenait encore des tours en basculant à l’Ouest pour une descente vers le cap Finisterre très musclée : de nouveau, plusieurs solitaires faisaient escale en Espagne ou au Portugal, mais dans l’ensemble, la flotte déboulait grand train vers Madère à l’exception des monocoques IMOCA et des Multi50 qui préféraient suivre le plus possible la route directe, via les Açores. La configuration météo était donc franche, tranchée, presque accore pour passer d’un système perturbé dans le golfe de Gascogne à une glissade anticyclonique de Madère à l’arc antillais…

Des alizés raccords

L’autre caractéristique météorologique de cette dixième édition de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, c’est l’instabilité des alizés, ces vents de secteur Est à Nord-Est qui longent la bordure méridionale de l’anticyclone des Açores. Or celui-ci a été très mobile et très variable en intensité avec une succession de fronts dégradés venant de Terre-Neuve ou des masses nuageuses, voire orageuses provenant du Brésil ou du Pot-au-Noir… Bref, la plupart des solitaires a connu des arrêts buffet ou subit un déferlement de grains plus ou moins violents, parfois même jusqu’à l’arc antillais ! Et d’un jour à l’autre, les conditions de navigation différaient sensiblement comme pour le dernier Class40 de Vincent Lantin arrivé 23 jours après le vainqueur toutes catégories avec des alizés poussifs, voire souffreteux…

ROUTE DU RHUM - DESTINATION GUADELOUPE 2014 Poto A.Courcoux

En solitaire sur des trimarans de trente mètres, voire de quarante mètres, ce parcours d’une semaine a été intense et le rythme particulièrement élevé pour les Ultime. Les temps de course dans cette catégorie sont exceptionnels, car dans le sillage du nouveau record établi par Loïck Peyron, tous les solitaires ont franchi la ligne en moins de 48 heures, le dernier d’entre eux, Yann Eliès (Paprec Recyclage), après 9 jours et 5 heures de mer. Ces jolis chronos, comparables à ceux des ORMA de l’édition de 2006, sont dus à une météo très propice à la vitesse : 85% de la course s’est déroulée au portant, puisqu’après 30 heures de navigation seulement, dès le passage du cap Finisterre, les géants de cette Route du Rhum-Destination Guadeloupe déboulaient vent dans le dos.

Des classes accords

Et toutes les quatre autres classes étaient à la même enseigne : les premiers monocoques IMOCA et les premiers Multi50 étaient à touche-touche aux Açores après quatre jours de mer, traversant ensuite une dorsale qui scindait la flotte en deux, puis touchant aussi des alizés « pourris » qui obligeaient à d’incessantes manœuvres. Parmi les multicoques de 50 pieds, Erwan Le Roux (FenêtréA-Cardinal) réalisait alors le break sur Lalou Roucayrol (Arkema-Région Aquitaine) pour conclure en 11 jours 05 heures 13 minutes 55 secondes tandis que pour les monocoques de 60 pieds, François Gabart (Macif) finissait en 12 jours 04 heures 38 minutes et 55 secondes devant un Jérémie Beyou (Maître CoQ) très incisif.

De leur côté, les Class40 ne chômaient pas puisqu’ils atteignaient Madère en cinq jours et ce point névralgique créait un sacré différentiel entre la tête et la queue de flotte. Et même au sein des leaders, Kito de Pavant (Otio-Bastide Médical) voyait ses chances de succès se délaminer lorsque son grand spinnaker explosa… L’Espagnol Alex Pella (Tales 2 Santander) en profitait pour prendre la poudre d’escampette quand le jeune Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton) lui mettait la pression durant toute cette longue glissade vent arrière jusqu’à la Guadeloupe. Mais le Catalan s’imposait magistralement en 16 jours 17 heures 47 minutes 08 secondes…

Quant à la Classe Rhum qui rassemblait quatorze monocoques et six multicoques très différents de conception et de taille, le match qui se jouait entre l’Italien tenant du titre, Andrea Mura (Vento di Sardegna) et la skippeuse morbihannaise Anne Caseneuve (Aneo), s’achevait quand le Transalpin s’enferrait dans l’anticyclone des Açores en suivant la trace des IMOCA… Dès les Canaries, le trimaran de 50 pieds n’avait plus d’adversaires et pouvait dérouler sereinement jusqu’à l’arrivée à Pointe-à-Pitre après 17 jours 07 heures 06 minutes 03 secondes.

Temps de référence sur le parcours Saint Malo-Pointe à Pitre (3 542 milles)
Ultime : Loïck Peyron (Banque Populaire VII) en 7 jours 15 heures 08 minutes et 32 secondes (- 2h10’34 par rapport à Franck Cammas en 2010 : 7j 17h 19’ 06)
Multi50 : Erwan Le Roux (FenêtréA-Cardinal) en 11 jours 05 heures 13 minutes 55 secondes (- 12h14’06 par rapport à Franck-Yves Escoffier en 2006 : 11j 17h 28’ 11)
IMOCA : François Gabart (Macif) en 12 jours 04 heures 38 minutes et 55 secondes (- 7h20’03 par rapport à Roland Jourdain en 2006 : 12j 11h 58’ 58)
Class40 : Alex Pella (Tales 2 Santander) en 16 jours 17 heures 47 minutes 08 secondes (- 1j05h23’09 par rapport à Thomas Ruyant en 2006 : 17j 23 h 10’ 17)
Classe Rhum : Anne Caseneuve (ANEO) en 17 jours 07 heures 06 minutes 03 secondes (- 2j02h34’27 par rapport à Andrea Mura en 2010 : 19j 09h 40’ 30)

*Bilan non définitif

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