VDH peut-il encore remporter la Golden Globe Race,

 

 Pour Voiles et Voiliers l’avis de Jean-Yves Bernot, le routeur des stars

Source Voiles et Voiliers

Jean-Luc Van Den Heede a encore trois semaines de mer à couvrir pour espérer arriver en vainqueur de la Golden Globe Race aux Sables-d’Olonne. Cette fin heureuse pour lui est-elle possible, sachant que VDH va devoir effectuer dans les heures qui viennent une pénalité de 18 heures ? Nous avons posé la question à Jean-Yves Bernot, « le sorcier » des routeurs…

Sur la Golden Globe Race, ce tour du monde à l’ancienne sans escale, sans assistance et sans communications, ils ne sont plus que cinq rescapés encore en course au bout de… plus de six mois de mer. Cinq marins solitaires sur les dix-neuf qui étaient au départ de Vendée le 1er juillet 2018 : Jean-Luc Van Den Heede, Mark Slats, Uku Randmaa, Istvan Kopar et Tapio Lehtinen.

 

Seuls les deux premiers cités naviguent sous la barre des 3 000 milles restant à parcourir et peuvent encore espérer l’emporter : il s’agit donc du Français Jean-Luc Van Den Heede (Matmut) et du Néerlandais Mark Slats (Ohpen Maverick) . Les écarts sont énormes ensuite : le 3e (Randmaa) est à plus de 5 500 milles de l’arrivée, le 4e(Kopar) à plus de 6700 milles et le 5e (Lehtinen) est encore au milieu du Pacifique, à 9 500 milles des Sables-d’Olonne quand VDH double la latitude du Cap Vert !

Six mois de mer en solo…

Qu’avez-vous fait chaque jour et chaque nuit depuis le premier juillet dernier ? Eux ont navigué, navigué… et encore navigué. Essuyé de multiples coups de vent, réparé des avaries en pagaille avec les moyens du bord et négocié tout ce que la météo marine peut proposer autour du globe, du plus désespérément calme au plus furieusement dangereux.

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***2018 Golden Globe Race. Les Sables d’Olonne March 2018. French skipper Jean-Luc Van Den Heed

 

A 73 ans, sur son vénérable Rustler 36 au gréement endommagé depuis une tempête dans le Pacifique, Jean-Luc Van Den Heede tient toujours le leadership. Environ 500 milles nautiques dans le Nord-Ouest de l’archipel du Cap Vert vendredi après-midi, VDH navigue 800 milles plus Nord que son poursuivant, le Néerlandais Mark Slats, lui aussi à bord d’un Rustler 36. En termes de distance au but – VDH étant un peu plus dans l’Ouest que Slats et donc plus éloigné de la route directe – l’avance du Français n’est plus « que » de 630 milles.

VDH navigue depuis six mois sur son vénérable Rustler 36, Matmut. | Loïc Madeline

D’abord 18 heures de pénalité à purger

Ces deux prétendants à la victoire finale à la fin de ce mois de janvier aux Sables-d’Olonne naviguent sur des bateaux presque identiques : deux Rustler 36. Avec des nuances pas forcément anodines : VDH est parti avec un mât plus court de 1,50 mètre et des voiles d’avant sur enrouleur, soit une formule a priori un peu moins performante que celle choisie par Mark Slats (grand mât et voiles sans enrouleur offrant théoriquement un meilleur rendement).

L’autre donnée à prendre en compte est la pénalité de 18 heures que VDH va devoir effectuer probablement dans les heures qui viennent. En effet, à 2 260 milles de l’arrivée vendredi après-midi, Van Den Heede est tout proche du 20e parallèle Nord (70 milles).

Après l’avoir atteint – probablement cette nuit de vendredi à samedi –, il devra rester au Sud de cette latitude pendant une durée de 18 heures et donc ne pas pouvoir progresser vers le but. Aux vitesses moyennes actuelles, de l’ordre de 5,5 nœuds, cette pénalité, qui lui a été infligée pour avoir utilisé son téléphone au moment où il pensait devoir abandonner avant de se raviser, devrait lui coûter une centaine de milles.

Bernot : « Jean-Luc va couiner, mais il n’y a pas le feu. »

A priori ce sera un moindre mal au regard des 800 milles d’écart latéral Nord-Sud entre VDH et Slats et des 620 milles d’avance en termes de distance au but. Côté météo proprement dite, nous avons joint Jean-Yves Bernot, le routeur des stars, pour lui demander son avis.

Dans son langage fleuri, il nous a résumé la situation : « Les jours qui viennent ne vont pas être très rigolos car c’est beaucoup de près tribord amures. Jean-Luc va couiner, car il va perdre la moitié de son avance. Ceci dit, il n’y a pas vraiment le feu pour lui. Ces vénérables bateaux n’étant pas très rapides, il faut beaucoup de temps pour reprendre du terrain. Au mieux ils couvrent 140 milles par jour et VDH a tout de même un beau matelas d’avance. »

 

Jean-Yves Bernot précise qu’il raisonne « toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire hors avarie » . Et penche pour un grand coup d’accordéon qui va d’abord être défavorable à VDH avant de l’être aussi pour Mark Slats.

Dans le détail : « On est dans une situation classique, avec un anticyclone des Açores à sa place et la route qui passe dans l’Ouest de l’archipel. Là, aux Açores, tu espères trouver une dépression pour rentrer à la maison avec du vent de Sud-Ouest. Mais d’ici là, pour VDH, une zone de transition commence dès ce samedi. Et pour lui le vent va être faible et instable de lundi à au moins mercredi. Pendant ce temps, oui, son camarade néerlandais va lui reprendre pas mal de terrain : peut-être 300 ou 400 milles soit en gros la moitié de son avance. Mais ensuite, il n’y a pas de phénomène de passage à niveau (où l’un raterait un phénomène météo bénéfique pour l’autre, ndlr)et Mark Slats ralentira à son tour pendant que VDH repartira. Voilà pourquoi je pense qu’il n’y a pas le feu au lac pour Jean-Luc, même s’il va râler et que ce n’est pas très agréable car ce n’est que du près pour monter aux Açores. »

Aux Açores vers le 13 janvier

Hors aggravation de l’avarie, le leadership de VDH ne serait donc pas en réel danger. En théorie, bien sûr… qui vaut ce qu’elle vaut quand on parle de pareille aventure. Les supporters de VDH vont souffrir ce week-end et tout le début de la semaine prochaine, mais pourraient souffler à partir de jeudi prochain.

Et respirer un peu mieux encore d’ici une dizaine de jours, quand Matmut devrait doubler l’archipel des Açores (Bernot voit la chose autour du 13 janvier) et entamer la dernière portion vers les Sables-d’Olonne où il est attendu vers le 26. Un duel final de légende bord à bord n’est donc pas d’actualité pour le moment… mais la prévision météo fiable à trois semaines n’existe pas plus que celle permettant d’évaluer de manière précise la résistance d’un gréement endommagé. Et il peut se passer beaucoup, beaucoup de choses en trois semaines de mer.

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