Publié le 15 avril 2014, dans Actualités, Course et glisse
Route sud ou route nord ???
A 2 320 milles de Saint-Barth, cette 9e journée de course n’est-elle qu’un épisode ou un véritable tournant dans le conflit qui oppose le camp du nord à celui du sud ? Avantage aux nordistes qui, depuis midi, avancent entre deux et quatre fois plus vite que leurs adversaires méridionaux, actuellement piégés dans une zone sans vent au large des côtes mauritaniennes…
Attention, gros ralentissements sur la nationale 7. Un semi-remorque en forme d’excroissance anticyclonique est couché en travers de la voie. C’est mardi noir pour les sudistes qui, dès midi, se retrouvaient à l’arrêt sur la route des vacances. Poisson futé les avait prévenus. Mais la navigation en short et T-shirt se mérite et il faut en passer par là : accepter de patienter dans les bouchons avant de caracoler au portant.
Au large de la Mauritanie, de 30 Corsaires, le plus à l’est à Generali, le plus à l’ouest, les speedomètres sont bloqués à 1,5 nœud et les trajectoires des bateaux commencent à partir dans tous les sens. Preuve que les calmes sont installés. Une dorsale baladeuse a emprisonné les Figaro qui ne devraient pas en sortir avant la fin d’après-midi. Les spis, hissés hier soir, ne sont certainement plus à poste, tant il est difficile de les tenir en l’absence de vent. Ou alors, ils sont en berne, en attendant le retour du flux de nord qui leur permettra de poursuivre leur quête vers les alizés.
Pain blanc pour les nordistes
250 milles plus au nord, c’est une tout autre réalité. Point de spi, mais du près, à tirer des bords dans un vent contraire. Les cinq échappés de la voie septentrionale n’affichent certes pas des vitesses à deux chiffres, mais ils se maintiennent autour des 5 nœuds, de quoi prendre de l’avance sur leurs adversaires. Ce scénario était écrit. Mais il ne s’agit là que d’une des premières scènes de ce road movie à suspense.
Dans les deux clans, pourtant, tous les navigateurs n’ont pas la même vision du jeu. Au nord, Corentin Horeau et Michel Desjoyeaux (Bretagne-Crédit Mutuel Performance), ont choisi de jouer l’option à fond, tandis que Gedimat, Made in Midi et Interface Concept font ménage à trois, plus au sud, calés sur la route directe. Une vraie régate à vue anime ce trio pointé aujourd’hui en tête du classement. La majorité de la flotte (9 bateaux) fait quant à elle route vers le Cap Vert. Mais elle est étalée sur plus de 100 milles en longitude. Dans cette répartition, une partie des équipages souhaite limiter le fossé avec la route directe (Generali, Scutum), quand d’autres cherchent à attraper les alizés les premiers (Skipper Macif, 30 Corsaires).
Quelle que soit sa position sur le « plan d’eau » (les bateaux sont actuellement répartis sur une surface de 88 000 km2, soir l’équivalent de 10 fois la Corse), chacun croit dur comme fer en sa chance. Même Erwan Tabarly et Thierry Chabagny (Gedimat) qui ont longtemps hésité entre deux stratégies, semblaient ce matin convaincus de leur choix.
Côté sud, certains sont formels : « Au nord, c’est mort » affirmait Yoann Richomme (Skipper Macif), « la majorité a toujours raison » rationnalisait Laurent Pellecuer (30 Corsaires). Méthode Coué ou espoirs réels ? Ce soir, en tout cas, ce sont les hommes du nord qui ont raison : ils avançaient entre deux et cinq fois plus vite que leurs rivaux.
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