Victoire du Gitana Team à Brest, une histoire collective et engagée

Les Brestois ont ouvert grand les bras aux vainqueurs de la Brest Atlantiques. Un soleil généreux sur une mer miroir, tout juste perturbée par les gerbes d’eau de l’Abeille Bourbon, sortie en rade pour saluer les marins.
En ce mercredi 4 décembre, jour de victoire du Maxi Edmond de Rothschild, l’ambiance était aux retrouvailles pour Franck Cammas, Charles Caudrelier et leur mediaman Yann Riou. Le trio a été accueilli, après 28 jours de mer, par l’équipe du Gitana Team au grand complet, rejointe ce matin par leur armatrice qui, pour rien au monde, n’aurait manqué cette victoire tant attendue.
Ariane de Rothschild, fondatrice, avec son époux Benjamin de Rothschild, de l’écurie aux cinq flèches, s’est personnellement investie sur ce projet et célèbre aujourd’hui l’une de ses plus belles réussites.
Depuis plus de 140 ans, la famille insuffle avec audace une force d’innovation qui a permis à travers le temps de repousser les limites de ce sport. Sur le quai de la Recouvrance, familles, amis, journalistes et le public brestois – toujours aussi fidèle – ont donné à ces minutes une chaleur humaine sincère, avec beaucoup d’admiration tant pour les marins que pour ce bateau qui ne laisse personne indifférent.
En effet, les avis sont unanimes : cette grande boucle de 14 000 milles a permis de franchir une étape dans la compétition entre ces géants et cela ne fait que commencer.

 

Franck Cammas, skipper du Maxi Edmond de Rothschild  

« Depuis un mois, nous avons vécu des hauts et des bas. C’était une course très difficile et nous connaissions le niveau d’exigence depuis le départ. Avec Charles, nous avons été performants et nous avons pris beaucoup de plaisir. Nous nous sommes battus du début à la fin et notre complicité paie, c’est indéniable. Cela ne veut pas dire que l’on est toujours d’accord (rire) mais c’est justement cela qui est bien, on apporte chacun un plus à l’autre. Quand on veut se dire les choses, on se les dit et c’est comme cela que le duo fonctionne. Je dois dire que Charles a été vraiment très bon et nous avons fait un super binôme. Le rythme à donner au bateau est la question permanente. On essaie d’être raisonnables car la course est longue et il ne faut pas prendre de risques inutiles alors il y a eu des fois où nous étions au maximum mais nous avons aussi dû lever le pied par moments. Dans l’ensemble, on essayait de ne jamais passer de l’autre côté de la barrière, notamment dans l’Atlantique Sud quand il y a eu cette dépression difficile. On est vite passé mais ça secouait beaucoup à bord… Le bateau est très solide et encaisse énormément. Nous avons aussi eu beaucoup d’idées encore pour le bateau et nous allons maintenant mettre cette expérience à profit pour les prochaines courses. »

Charles Caudrelier, skipper du Maxi Edmond de Rothschild 

« Ces dernières heures de course étaient un peu longues mais la côte est sublime, j’adore cet endroit. On vient de passer près de là où j’ai appris à naviguer et c’est l’un des plus beaux endroits au monde pour faire de la voile. Le bateau ? J’en suis amoureux ! Je l’aime depuis le premier jour. J’avais un peu perdu la foi après trois tours du monde sur un bateau très éprouvant mais ce trimaran est l’un des plus beaux au monde et surtout l’un des plus rapides au large ; le premier conçu pour voler en haute mer, imaginé par Guillaume Verdier et toute l’équipe du Gitana Team. Aucun bateau n’a jamais volé aussi longtemps au large et nous attendons avec impatience la mise à l’eau des nouveaux trimarans l’année prochaine. Bien sûr, nous pensons à nos concurrents de cette Brest Atlantiques. On pense à Thomas (Coville, Sodebo Ultim’ 3) qui a dû abandonner la course mais il a un bateau encore très jeune et c’est normal d’avoir quelques problèmes, nous avons aussi eu notre lot. Thomas a fait une très belle course et on lui donne rendez-vous bientôt. François (Gabart. Macif) est à bord de ce bateau avec lequel il a tout gagné mais cette fois-ci, il a manqué de chance, il a notamment heurté un OFNI. Nous avons disputé un très beau match avec lui et on aurait aimé que cela dure plus longtemps mais c’est aussi cela ces courses, il faut aller vite, ne pas casser, avoir un peu de réussite et que la météo vous sourit. Nous avons eu presque tous ces ingrédients. On sait aussi que l’on peut aller encore beaucoup vite et je pense que les prochaines régates seront encore plus passionnantes. »

Yann Riou, mediaman 

« C’est absolument magique de naviguer à bord du Maxi Edmond de Rothschild. Les bateaux de courses ont beaucoup évolué sur les dix dernières années et le matériel que l’on utilise pour tourner des images, notamment les drones, ont suivi cette évolution. Nous arrivons à partager des images avec des moyens techniques qui étaient encore inimaginables il y a 10 ou 15 ans. À bord, l’ambiance en général était très bonne, alors, ils ne sont pas toujours d’accord mais c’est aussi ça la vie. Et comme nous nous connaissons très bien, ils ont vraiment très bien joué le jeu avec moi et je les en remercie. »

Marcel van Triest, routeur à terre 

« Avec ces bateaux, être à 100 ou 200 milles devant, ce n’est rien. Tu sais que si tu rates un coup ou que tu as un problème technique, les autres sont là, dans ton tableau arrière. Sur la fin de course, quand j’ai vu la porte se refermer derrière nous et que Macif et Actual Leader étaient de l’autre côté de l’anticyclone, j’ai pu me calmer un peu mais sinon tu n’es jamais serein. J’ai été impressionné par la capacité à maintenir des moyennes de vitesse élevées même dans de la mer. Nous avons bien sûr appris beaucoup sur le fait de voler au large. C’est l’état de la mer qui change et si tu arrives à monter au-dessus tout change. En routage, cela devient hyper compliqué et tu te demandes par exemple : est-ce que je fais une route beaucoup plus longue où je peux voler tout le temps où alors je choisis la route la plus directe mais j’arrête de voler pendant six heures ? Avec Franck et Charles, on ne se parle pas de vive voix mais par écrit. On s’envoie des dessins, des captures écran, des photos satellites. Je connais Charles d’avant et, notamment récemment, avec la victoire avec Dongfeng Race Team sur la Volvo Ocean Race. Franck, j’ai travaillé plus de 10 ans avec lui, en routage. Cette complicité de longue date est un avantage. Ce qui a fait la victoire ? C’est tout le projet du Gitana Team, la fiabilité du bateau, le fait qu’il soit compétitif au départ mais surtout durant toute la course. Il y a aussi la chance de ne pas abandonner à cause d’un OFNI et, bien sûr, la capacité des marins à tirer le meilleur de la machine. Après, il faut aller du bon côté et, là, ça s’est aussi bien passé.Le format du double est super pour les marins, plus difficile pour le routeur car il y en a toujours un de réveillé ! Alors, en solitaire, je pourrais plus dormir ! En revanche, en solitaire, il est clair que le stress de la gestion du sommeil et du rythme du bateau vont monter d’un cran. »

plus d infos sur http://www.gitana-team.com/

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